Rapport de l'entrevue du 28.6.2000 avec
le ministre des transports Monsieur Henri Grethen
Participants:
Monsieur Henri Grethen, ministre des transports
Monsieur Paul Schmit, commissaire de gouvernement
Monsieur Albert E. Lambert, 1er vice-président
de l'ALACF
Monsieur Jean-Marie Ottelé, vice-président
de l'ALACF
Monsieur Claude Oswald, membre et rapporteur
Monsieur Lambert remercie le ministre d'avoir eu l'amabilité
de recevoir une délégation de l'ALACF. Il esquisse l'histoire
de l'association et remet une brève documentation à ce sujet.
Monsieur Grethen invite de son côté Monsieur
Lambert respectivement la délégation de l'ALACF à lui
exposer les doléances qui sont à la base de l'entrevue.
1) La consultation des usagers lors de l'établissement
des horaires
Pour ce qui est du principe de cette question Monsieur
Lambert donne à réfléchir qu'il est plus facile d'adapter
un projet d'horaire aux demandes des usagers, que de modifier un horaire existant,
au motif qu'un complément d'information servi après coup risque
de passer inaperçu. Monsieur Lambert cite des exemples de réseaux
à l'étranger, qui pratiquent une ouverture démocratique
avec grand succès: la Dürener Kreisbahn, le Karlsruher Verkehrsverbund
...
Monsieur Grethen fait savoir de son côté qu'il
reçoit régulièrement des délégations de
citoyens ou des représentants d'entreprises et qu'il ne voit aucun
problème à ce que l'ALACF lui communique ses observations, quitte
à respecter les délais imposés par la matière.
Pour illustrer toutefois les problèmes auxquels il est confronté,
Monsieur Grethen cite le cas du lycée de Mamer en état futur
d'achèvement. En attendant les décisions du Ministère
compétent concernant les régimes classique ou/et technique,
les responsables du ministère des transports ne savent en effet prendre
les mesures nécessaires pour garantir le transport des élèves
en temps utile.
A la critique de Monsieur Ottelé, à savoir
que les changements d'horaires se font à des dates différentes
selon les pays (France, Allemagne, Belgique), de sorte que l'usager moyen
a du mal à s'y retrouver, Monsieur Schmit répond qu'il est prévu
de retenir une date unique à partir de 2001. Monsieur Schmit souligne
par ailleurs la nécessité de la création d'une autorité
organisatrice se substituant aux procédures administratives établies.
2) La sécurité des voyageurs
dans les trains et autobus
Monsieur Lambert expose qu'il ne vise non pas la sécurité technique,
mais la sûreté des voyageurs face aux actes de malveillance.
Il estime que cette mission incombe surtout au corps de police et qu'il serait
injuste de faire supporter aux chemins de fer respectivement aux entreprises
de transport la charge d'une surveillance privée.
Monsieur Grethen regrette que les forces de l'ordre connaissent
une pénurie de personnel qui se chiffre à près de 500
unités, alors même qu'il juge les perspectives de carrière
plutôt attractives. Il note cependant qu'en fin de compte l'État
devra payer la note, quelle que soit la solution retenue.
Le ministre cite le projet-pilote de surveillance par caméra
vidéo dans certains bus, qui ne fait d'ailleurs pas l'unanimité.
3) La desserte des nouvelles zones à haute
densité d'emplois
Monsieur Lambert constate que la création de zones d'activités
nouvelles va de pair avec l'accroissement du travail transfrontalier. Il aimerait
savoir si le ministre des transports songe à réserver des bandes
de terrain permettant ultérieurement l'insertion d'un réseau
ferroviaire de desserte. Il aimerait savoir plus précisément
si le ministre est en mesure de présenter des projets concrets.
Monsieur Grethen répond qu'en date du 14 juin 2000
il a créé un groupe de travail chargé d'étudier
la faisabilité d'une liaison ferroviaire entre la gare centrale et
le Kirchberg en passant par l'aéroport du Findel, avec raccordement
éventuel à la ligne du Nord et prolongation vers le champ du
Glacis. Il rejette à ce propos les critiques récentes du député
Goebbels.
Monsieur Grethen retient en outre que la Chambre des Députés
vient de voter un plan d'investissement ferroviaire portant sur plus de 12
milliards, et annonce dans ce contexte que l'exploitation du réseau
complémentaire devra faire l'objet d'une adjudication publique à
l'échelle communautaire. Le ministre s'étonne du comportement
des cheminots, qui recourent abondamment aux parkings pour voitures ... ce
qui revient à dire qu'ils évitent les moyens de transport publics.
Il se demande si les coûts en rapport avec une desserte ferroviaire
de la zone d'activités seraient en rapport avec le résultat
escompté, alors qu'il existe des solutions moins onéreuses (par
bus) qui répondent parfaitement à la demande. A titre d'exemple
il cite l'idée d'une prolongation du chemin de fer au-delà de
la gare de Dudelange-Usines vers Volmerange-les-Mines, et fait savoir qu'aux
80 millions initialement prévus s'ajouteront 205 millions pour entre
autres la construction d'une voie d'évitement en gare de Dudelange-Ville,
plus 250 millions pour l'acquisition de matériel roulant supplémentaire
permettant une desserte cadencée de bout en bout dans les 2 sens.
Monsieur Grethen annonce qu'il n'a pas l'intention de s'opposer
à ce projet, mais qu'il ne peut se passer de réfléchir
à des solutions de rechange, sachant qu'il est responsable de la bonne
gestion des deniers publics. Dans cet ordre d'idées il souligne que
les coûts devront être jugés par rapport à l'utilité
que les usagers peuvent raisonnablement tirer d'un moyen de transport déterminé.
Il note au passage le coût global du chemin de fer, qui se chiffre à
12 milliards.
Pour ce qui est des couloirs de desserte Monsieur Grethen
renvoie à l'aménagement du territoire, tout en affichant une
position favorable pour une telle approche. A titre d'exemple il fait savoir
que dans le cadre de l'agrandissement de l'aéroport des terrains ont
été réservés en vue de la construction éventuelle
d'une voie ferrée.
Monsieur Grethen regrette cependant qu'il ne soit possible
de prévoir tous les flux de voyageurs avec la précision voulue,
et note dans ce contexte que les élèves bien que constituant
une clientèle importante des transports en commun, bénéficient
du libre choix du lycée. Par ailleurs des mentalités font que
les jeunes gens répugnent à se déplacer à pied
pour rejoindre l'arrêt de chemin de fer, lorsque celui-ci se trouve
à une certaine distance.
Pour ce qui est de l'observatoire des transports proposé
par l'ALACF, Monsieur Schmit reprend le terme de « centrale de mobilité
» pour traduire les projet du ministère dans ce domaine.
4) La situation particulière lors de la
réfection du pont routier sur la Sûre à Ettelbruck
Monsieur Lambert expose brièvement la situation et fait savoir qu'il
est prévu de remplacer le pont existant par un pont provisoire à
voie unique et régulation de la circulation par feux tricolores. Il
propose 2 solutions visant à renforcer le trafic ferroviaire entre
Diekirch et Ettelbruck, voire entre Diekirch et Colmar-Usines (ou Bissen),
de sorte à délester la route.
Monsieur Grethen va prendre les renseignements nécessaires
avant de se prononcer.
5) La coordination des efforts wallons, luxembourgeois, lorrains et alsaciens
en faveur de l'amélioration des relations (Suisse) - Strasbourg - Luxembourg
- Bruxelles
Monsieur Lambert félicite le ministre des engagements que celui-ci
a déjà pris dans l'accomplissement de sa mission. Il voudrait
profiter de l'occasion pour souligner que le ministre bénéficie
du soutien des représentants des voyageurs, et lui remet une résolution
prise par le groupe «Rail-Sarre-Lor-Lux+ ».
Monsieur Lambert aimerait connaître par ailleurs
l'état d'avancement de l'étude sur l'amélioration des
relations ferroviaires entre Luxembourg et Sarre-bruck, sachant que ces relations
revêtent une importance particulière pour les déplacements
vers l'Allemagne du Sud.
Monsieur Schmit répond à cette dernière
question que le résultat définitif de ladite étude fait
toujours défaut à l'heure actuelle.
Monsieur Grethen constate de son côté que
le réseau ferroviaire luxembourgeois répond plus ou moins aux
critères de qualité qu'on peut valablement exiger, alors que
le réseau allemand connaît certaines déficiences. Voilà
pourquoi il plaide pour une relation entre Luxembourg et Sarrebruck en passant
par Metz.
En ce qui concerne les relations avec la Belgique
Monsieur Grethen exprime son désir, de voir mettre en circulation du
matériel de qualité et des trains directs ne marquant l'arrêt
qu'aux grandes gares (c'est-à-dire à Namur, éventuellement
à Arlon).
7) L'intérêt d'une gare du TGV-Est
à Vandières
Monsieur Lambert remercie le ministre d'être intervenu auprès
du président du conseil régional Monsieur Gerard Longuet en
faveur d'une gare à Vandières, et note qu'à son avis
une gare à Cheminot ne saurait être dans l'intérêt
ni des Luxembourgeois, ni des clients de la région de Trèves
qui seraient obligés de se déplacer en voiture.
Monsieur Grethen constate à ce sujet qu'il s'est clairement prononcé
pour le site de Vandières, alors même que cette gare coûtera
340 millions de francs français de plus que la gare de Cheminot. Il
déplore cependant que les exigences des Français vis-à-vis
du Grand-Duché ne cessent d'augmenter, pour se chiffrer actuellement
à plus de 770 millions de francs français.
8) Facilités de transport dans l'intérêt
des étudiants
Monsieur Lambert expose que le « Studienausweis » émis
par l'université de Trèves est reconnu comme titre de transport
dans certaines relations du trafic intérieur allemand. Inversément
des étudiants allemands aimeraient profiter de la « Jumbo-Kaart
» luxembourgeoise, lors de leur déplacements dans notre pays.
Monsieur Grethen répond en disant qu'il ne voit
pas d'obstacle majeur à trouver un arrangement, sous condition toutefois
que les étudiants en question fassent leurs études au Grand-Duché.
Par contre il est formel pour refuser le bénéfice de la «Jumbo-Kaart»
aux étudiants étrangers qui passent le pays en transit.
9) Billet-frontière
Monsieur Ottelé critique le caractère archaïque de ce titre
de transport, dont le prix est démesuré par rapport à
la distance parcourue. Monsieur Lambert voudrait savoir dans ce contexte quelle
est l'autorité compétente en la matière.
En guise de réponse Monsieur Schmit donne à
réfléchir quel sera le cercle des personnes qui pourront bénéficier
le cas échéant de tous les avantages tarifaires existant sur
les différents réseaux europeéns. Il pense que dans une
première étape les CFL devront négocier la réciprocité
de l'abonnement Flexway, de sorte qu'il ne soit plus réservé
aux seuls Lorrains mais qu'il soit également accessible aux Luxembourgeois
désireux de se rendre en France. Les chemins de fer luxembourgeois
seront invités à prendre les mesures qui s'imposent dans ce
contexte.
10) Conclusions
Monsieur Lambert remercie le ministre d'avoir offert
à l'ALACF la possibilité d'exprimer ses idées et de participer
de la façon à un échange de vues.